Je voeu retourner la pyramide.

Sans grand bruit, la fameuse pyramide fête ses 70 ans cette année. Alors qu’elle est enseignée dans la plupart des filières et qu’elle semble s’être imposée à tous, de nombreuses raisons nous poussent à la remettre en cause. Nous verrons donc ici sur quoi elle repose, ce que l’on en a retenu, ce que l’on en a oublié… et s’il est possible de la retourner.

pyramide des besoins de maslow - AllWeWish“La présente théorie (…) devra alors tenir ou tomber…” (A. Maslow) 1

Voilà comment Abraham Maslow introduisait sa « théorie de la motivation humaine » en 1943 et il semble aujourd’hui que celle-ci a plus que tenu. Enseignée dans de nombreux cours (en psychologie, en sciences humaines, en économie, en vente…) à tous les niveaux d’études, dans la plupart des orientations, elle est passée du statut de modélisation à celui de modèle… en Occident.

Pourtant, si en économie des ménages elle doit apprendre à l’élève quelles dépenses prioriser  (manger, boire, se loger, téléphoner, jouer et/ou parader), c’est justement parce que la hiérarchie ne va pas ou plus de soi. Derrière cette première fissure, avec un peu de recul donc, le dogme pourrait tomber. Avec un peu d’expérience, la hiérarchie pourrait se retourner… Elle le devrait pour plusieurs raisons :

J’ai raison et bien des raisons

Que ce soit dans la recherche du bien-être individuel ou dans l’exploration des pistes vers un monde meilleur, il nous semble utile de nous attarder sur ce schéma imprimé dans toutes les têtes : la pyramide des besoins de Maslow. Enseignée comme une vérité absolue, elle pourrait participer à deux des plus grands travers de notre monde actuel.

Pour rappel, la hiérarchie des besoins de Maslow, (que l’auteur n’a jamais lui-même assimilée à une pyramide) doit expliquer les motivations de l’Homme. Selon elle, l’individu s’attache d’abord à satisfaire ses besoins physiologiques. Ce n’est qu’une fois ses besoins primaires satisfaits que ses besoins de sécurité apparaîtront et qu’il tentera de les remplir. Ce n’est qu’une fois ces nouveaux besoins satisfaits que l’individu se consacrera à se faire des amis ou à trouver l’être aimé. De même il ne pourra commencer à s’estimer qu’une fois son besoin d’appartenance satisfait et ce n’est qu’une fois qu’il s’estimera suffisamment, qu’il pourra chercher à se réaliser pleinement.2

En plaçant les besoins physiologiques et de sécurité à sa base, cette théorie donne la priorité à l’avoir sur l’être. Elle indique qu’il faut avoir (à manger, à boire…) avant de pouvoir être. Présentée comme une règle sociale -éventuellement limitée à l’occident- elle justifie non seulement nos envies les plus matérialistes mais aussi la société matérialiste dans laquelle nous vivons.

Fruit de la réflexion d’un psychologue, elle se centre évidemment sur l’individu et n’introduit la notion de groupe ou d’interdépendance entre les individus qui le composent qu’à la 3e étape. En n’incluant la notion de groupe que dans les niveaux supérieurs de la représentation, elle semble également justifier l’individualisme ou plutôt l’égoïsme3 qui caractérise notre époque. L’individu semble seul au monde (ou seul contre tous) tant qu’il n’a pas satisfait ses besoins vitaux et assuré un minimum de sécurité.

En remettant en cause la théorie, je respecte les vœux de son auteur. En démontant la pyramide, je démonterai peut-être l’une des pierres angulaires de nos sociétés occidentales. En retournant le classement, je retournerai peut-être avec lui quelques unes des idées reçues qui nous empêchent de construire une Société meilleure. Je montrerai en tout cas, qu’il faut réfléchir avant de croire.

Démonter

pyramide des besoins de maslow demontee - AllWeWishLa critique et la déconstruction semblent pouvoir porter sur trois niveaux :
– la compréhension de la théorie, d’abord, qui, en 70 ans de bouche-à-oreilles et, semble-t-il, si peu de lectures de la version originale, a perdu quelques nuances et certains de ses points les plus intéressants, soulignés par Maslow lui-même,
– la théorie elle-même, ensuite, qui doit tolérer une grande souplesse et  bien besoin des nuances oubliées pour être acceptée, et,
– les fondements de la théorie, enfin, qui de l’aveu même de l’auteur repose sur des bases peu solides.

Au fil du temps

C’est au fil du temps que la hiérarchie des besoins de Maslow a pris la forme d’une pyramide. Peut-être pour répondre à un besoin pédagogique, la simplification s’est ajoutée à l’illustration. Des notions claires et essentielles pour le chercheur, utiles pour nous, ont alors été oubliées :

Prérequis : L’auteur donnait plusieurs preconditions libertaires à remplir avant de pouvoir satisfaire les besoins primaires : Liberté d’expression, liberté d’information, liberté de faire ce que l’on veut tant que cela ne blesse personne d’autre, liberté de se défendre… mais aussi l’honnêteté et l’équité dans le groupe.4 Ces prérequis oubliés pourraient expliquer certaines des différences constatées entre la théorie et la pratique. Dans celle déjà mentionnée dans les dépenses personnelles, on sait que le téléphone dernier cri donne l’impression d’une certaine appartenance sociale, celle-ci est peut-être davantage recherchée dans une société moins égalitaire.

Parallèle : En marge de sa hiérarchie, l’auteur indique également, « dans l’espoir de stimuler le débat et la recherche »5 deux besoins aussi importants que les autres mais ne pouvant y être intégrés. Il s’agit des désirs de savoir et de comprendre. Ceux-ci complèteraient les prérequis mais aussi les explications apportées par sa hiérarchie au sens des religions, à la philosophie ou à la recherche scientifique. D’après lui, l’Homme n’a pas créé les religions uniquement pour répondre au besoin de sécurité ou d’appartenance. D’après lui, l’Homme ne s’est pas non plus mis à réfléchir ou à expérimenter pour se faire valoir ou, autrement dit, pour « faire le malin ».

Il est curieux de constater que ce que Maslow a appelé « préconditions », ne se retrouvent pas à la base de la pyramide enseignée dans nos écoles, juste au dessous des besoins physiologiques. Il est curieux aussi que les désirs « de savoir et de comprendre » n’apparaissent pas en marge de cette pyramide ou ne soient non plus évoqués dans l’explication qui l’accompagne. L’importance des libertés et de la recherche de connaissances n’ont pas résisté au filtre du temps.

Enfin et encore de la plume de Maslow, la motivation n’est pas la seule explication à donner à un comportement : Les facteurs extérieurs influencent également l’action ou l’inaction de l’Homme et rares sont les actions qui ne sont motivées que par une seule motivation. Par là, le regard des autres ou les valeurs partagées au sein d’un groupe pourraient entrainer des comportements contraire à la théorie égoïste et matérialiste. Ces nuances ont elles-aussi été oubliées au fil de ces 70 années. Elles étaient pourtant indispensables (bien qu’insuffisantes) pour que la pyramide tienne debout face à un regard et une pensée critique.

En théorie

Maslow devait être conscient de cette fragilité pour admettre lui-même plusieurs exceptions et assouplir sa hiérarchie des besoins. Cette souplesse, Maslow l’appelle le « degré de satisfaction relative ». Cette relativité est de deux ordres.

La première tient dans la progressivité de l’apparition de l’échelon suivant. « Comme pour le concept d’émergence d’un nouveau besoin après satisfaction d’un besoin primaire, l’émergence n’est pas un phénomène soudain mais plutôt une émergence lente et graduelle à partir du néant. Par exemple, si le besoin primaire A est seulement satisfait à 10%, alors le besoin B ne sera pas visible du tout. Pourtant, si le besoin A est satisfait à 25%, le besoin B peut apparaître à 5%, si le besoin A est satisfait à 75% le besoin B peut apparaitre complètement et ainsi de suite. »7

La seconde tient dans la progressivité du passage d’un échelon à l’autre. On peut passer d’un niveau de la pyramide au suivant, sans pour autant avoir satisfait le premier complètement, à 100%. « Par exemple, si je peux donner des chiffres arbitraires pour illustrer, c’est comme si le citoyen moyen était satisfait à 85% dans ses besoins physiologiques, à 70% dans ses besoins de sécurité, à 50% dans ses besoins d’amour, à 40% dans ses besoins d’estime, et à 10% dans ses besoins de réalisations. »8

Avec d’une part l’apparition progressive des 5 niveaux besoins, d’autre part leur satisfaction concomitante, la pyramide semble s’estomper puis s’effacer elle-même. Ces nuances exprimées par l’auteur, oubliées par la suite (comme d’autres déjà évoquées), rendent pourtant la théorie moins rigide, plus adaptable. Nuancée, elle tient compte alors également davantage des différences individuelles et devient plus acceptable.

Dans le fond

En 1943, Maslow a 34 ans. Cinq ans plus tôt, il se consacrait encore à l’étude de la domination et de la sexualité des grands singes. C’est à partir de 1937 qu’il commence à étudier le comportement humain en commençant par la peur et l’insécurité. Ce n’est que deux ans plus tard qu’il s’intéresse à la motivation. C’est donc en très peu de temps qu’il parvient à sa première théorie de la motivation.9

Comme Maslow l’indique lui-même, il est « beaucoup plus facile de percevoir et de critiquer les aspects de sa théorie plutôt que d’y remédier, principalement à cause du grand manque de données disponibles. » 10 C’est là, une autre faiblesse, peut-être la plus importante, soulevée par de nombreux autres scientifiques, il y a déjà 50 ans : Clark, 1960 ; Cofer & Appley, 1964 ; Vroom, 1964, Berkowitz, 1969 ; Hill, 1969.11

Quand il indique que sa théorie dérive de son expérience clinique, c’est presque uniquement de sa collaboration avec ses deux collègues renommés et admirés, Ruth Benedict et Max Wertheimer qu’il est question.12 Comme l’écrit Maslow à propos du degré de fixation de la hiérarchie, « il est vrai que la plupart des gens avec lesquels nous avons travaillé ont eu l’air d’avoir ces besoins de base dans l’ordre indiqué. »13

Ceux qui veulent limiter la portée de la pyramide la restreignent aux besoins de l’homme occidental. Elle devrait l’être encore davantage : aux seuls hommes et femmes du dessus, sinon les riches au moins les renommés d’une sphère bien particulière : le monde académique. Ceux qui n’ont jamais connu la faim mais sont bien arrivés au niveau 4 voire 5 de la hiérarchie.

La fameuse théorie enseignée dans toutes les écoles, dans toutes les orientations et passée de modélisation explicative à modèle justificatif ne se base en effet sur aucune donnée statistique mais seulement sur une observation courte (entre 2 et 5 ans), limitée (à principalement deux collègues) et subjective (collègues considérés comme des mentors, cités par ailleurs comme premières références bibliographiques), une revue de littérature néanmoins variée, et la réflexion d’un homme, fut-il, comme il le dira lui-même plus tard, surdoué et bipolaire. 14

Le lecteur s’étonnera peut-être de voir la personne de Maslow ici attaquée plutôt que ses idées. Celles-ci ne reposant finalement que sur sa réflexion, il est difficile d’imaginer, comme l’écrit Alfie Kohn, que cette hiérarchie toute particulière, plaçant le besoin d’amour en dessous du besoin de réalisation aie pu être proposée « par un psychologue asiatique ou par une psychologue occidentale. » 15

Retourner

pyramide des besoins de maslow renversee - AllWeWishSi la pyramide comme elle est enseignée participe au monde matérialiste et égoïste actuel, réfléchir à l’ordre de ses échelons nous amènera peut-être à les retourner. Ce retournement permettra peut-être alors d’accéder à un monde plus altruiste, et, au niveau individuel, à un bien-être moins matériel.

Maslow lui-même admettait sept exceptions à l’ordre de sa hiérarchie ou sept raisons d’en inverser les niveaux. La plus intéressante de celles-ci, totalement oubliée de ses relecteurs, tient sans aucun doute dans les valeurs extérieures. D’après l’auteur, les valeurs du sujet pourraient effectivement modifier la priorité qu’il donne à ses propre besoins. Les six autres exceptions vont de déséquilibres mentaux particuliers à une habitude largement étendue en Occident, celle de la satisfaction des besoins nutritionnels.

La primauté des besoins physiologiques?

D’après Maslow, les besoins les plus fondamentaux (boire et manger) passent avant tous les autres… sauf s’ils ont toujours été satisfaits.16 Ils pourraient alors être sous-estimés. Au delà de la parole oubliée de l’auteur, exemples répandus et expériences vécues sèment effectivement le doute sur la priorité donnée à ces besoins : L’étudiant en blocus absorbé (ou stressé) par ses études, le chercheur passionné ou l’artisan débordé pourront momentanément oublier la faim pour terminer ce qu’ils ont commencé…

Avec l’augmentation de la productivité agricole, la plupart d’entre nous avons progressivement perdu l’expérience et le souvenir de la faim. Avec elle, les tâches ont pu se spécialiser, employés et ouvriers ont remplacé éleveurs et cultivateurs et il est devenu impossible de satisfaire ses besoins alimentaires sans l’aide du groupe ou de la communauté. Bien entendu, le besoin d’appartenance situé au troisième niveau de la pyramide, et appelé love need par Maslow considérait des groupes plus restreints : les amis, les collègues, la famille ou le couple.

Force est de constater alors que cet amour accordé par les autres procurera la sécurité (besoin présenté au troisième niveau de la pyramide) avant de satisfaire la faim (besoin du premier niveau) dans chacun de ces groupes plus restreints:

Ceux qui, en occident, sont encore malheureusement confrontés à elle rechercheront d’abord l’appartenance et la sécurité procurée par les copains de galère avant de chercher à se nourrir. Cela peut tenir de leurs valeurs ou de leur éducation mais aussi de leur Raison. Si l’homme est un loup pour l’homme, c’est bien faire partie d’une meute qui le protège.

L’amour des collègues et la bonne intégration au sein de l’entreprise employeuse seront à la fois une condition au sentiment de sécurité du travailleur et un prérequis au paiement de son logement et de sa nourriture. A une place différente, le patron aura lui aussi besoin des autres, de ses employés et de ses clients pour assurer la sécurité de son entreprise puis pour pouvoir se loger et manger.

Dans une classe, l’élève se sentira plus en sécurité s’il se sent intégré. Il en va de même pour l’enfant soutenu par sa famille même si celle-ci ne peut satisfaire les besoins que Maslow désignait comme inférieurs et prioritaires. Même en temps de famines, il n’est pas difficile d’imaginer la mère nourrir son enfant avant de répondre à sa propre faim.

Nous voilà sorti de l’Occident et par là même du champ d’application de la théorie critiquée. Gageons pourtant que la plupart des mères s’assureront d’abord de satisfaire l’appétit de leur enfant avant de satisfaire le leur. En se rapprochant d’un contexte plus occidental, les mères de familles monoparentales feront elles aussi passer le bien-être de leurs enfants (collation ou vêtement de marque, participations au voyage scolaire, adhésion à un club sportif ou investissement dans l’équipement) avant la satisfaction de leurs propres besoins. La relation parent-enfant, ou maman-enfant est évidemment particulière. Un tel don à leur détriment pourrait par ailleurs leur faire gagner l’estime de la famille quant plus d’égoïsme pourrait les exclure du groupe.

La finalité du besoin de réalisation?

L’ordre des trois premiers besoins de Maslow peut donc aisément s’inverser. Il semble plus compliqué de s’attaquer aux deux « suivants ». Si l’autoréalisation revient au Bonheur, celle-ci est considérée par la plupart des philosophes comme l’ultime finalité de l’existence humaine. Décrit par Maslow « What a man can be, he must be », l’autoréalisation semble tenir davantage du dépassement de soi que du Bonheur en tant que tel. Présentée de la sorte, l’autoréalisation s’éloigne par ailleurs des recettes enseignées par les philosophies orientales et les spécialistes du développement personnel.

Ces philosophies et ces spécialistes insistent sur la nécessité de croire en soi pour pouvoir accorder sa confiance aux autres, sur la nécessité de s’aimer soi-même pour pouvoir aimer l’autre. Elles donnent donc la priorité à l’estime de soi (niveau 4 de la théorie de Maslow) à l’appartenance ou à l’amour des autres (niveau 3). Ce n’est qu’une fois cette estime atteinte, que l’individu pourra s’intégrer dans un groupe.

Si l’autoréalisation consiste au dépassement de soi, elle semble utile pour accéder à certains groupes reconnus. C’est à force de battre son record personnel (niveau 5 de la théorie) qu’un athlète pourra battre un record national puis, éventuellement, un record mondial. Ces records lui feront rejoindre l’élite et un nouveau groupe (niveau 3). Même à défaut, nous espérons que le franchissement de limites personnelles lui apporteront davantage d’estime personnelle (niveau 4).

Un grand retournement

Le champ sportif n’est qu’un exemple, comme l’indique Maslow le besoin d’autoréalisation peut également consister au désir d’être une bonne mère.17 Nous retrouvons ici le domaine d’illustration déjà utilisé au point précédent et, peut-être, l’explication de la contradiction déjà évoquée. Cette mère qui veille au bien-être de son enfant avant de s’assurer du sien est peut-être mue par ce désir d’autoréalisation. Dans ce cas, celui-ci est bien le premier de la hiérarchie, sa satisfaction amènera l’estime d’elle-même à la maman avant ou en même temps que la reconnaissance du groupe. Cette appartenance lui apportera à son tour plus de sécurité, et encore davantage si elle n’a pas satisfait ses besoins physiologiques.

Conclusions

Nous avons vérifié ce qu’écrivaient Wahba et Bridwell, « La théorie est largement acceptée mais il y a peu de recherches pour la supporter. » 18 Nous n’avons pas en revanche expliqué pourquoi celle-ci a pris une place si importante. Peut-être a-t-elle été favorisée par la guerre froide comme d’autres théories individualistes et matérialistes ? 19 Comme l’indiquait Geertz, elle ne peut effectivement se justifier que dans notre société20, contrairement aux aspirations universalistes de Maslow.

Quand il rédige la préface puis quand il écrit sa théorie en tant que tel. L’auteur ne voit d’ailleurs pas là matière à publication, il semble produire pour justifier son emploi et, sans être pourtant d’une grande modestie, il s’étonnera lui-même du succès de sa production. 21

Pourtant, nous avons vu que les fondements de sa théorie était pour le moins légers, basés sur une expérience courte et limitée de collaboration avec des personnages tout à fait particulier. Nous avons avons vu que sur ces fondations légères, la théorie ne pouvait tenir que moyennant quelques nuances essentielles pourtant oubliées en 70 années de relecture et d’enseignements. A travers ces nuances, nous avons pu démonter le modèle. A travers quelques exemples et notre expérience nous avons même pu, ensuite, inverser l’ordre des niveaux de la pyramide.

Non, bien que les bases de la théorie soient peu solides, elle donnait une explication simple, quasi-universelle de ce qui « devrait » motiver les hommes. Il suffisait de lui enlever ce qu’elle portait de plus subversif. Plus on la simplifierait, plus elle s’imposerait. Plus on l’enseignerait, plus on l’intégrerait.
D’autres théories auraient pu (et pourraient encore) être enseignées à la place de « cette pyramide » mais elles sont soit plus complexes, soit moins porteuses des valeurs occidentales de ces dernières décennies. Remplacer Maslow par Epicure et expliquer que les besoins de l’homme devraient se limiter à l’essentiel pour le rendre heureux par exemple, aurait pu (et pourrait encore) mettre à mal une partie de la croissance économique occidentale de l’après-guerre. Préférer et enseigner qu’un bon salaire n’est pas un facteur de motivation mais qu’un mauvais salaire est un facteur de démotivation aurait sans doute (et aurait encore) des conséquences sur la productivité et l’abnégation des traders ou des grands patrons. Expliquer que les motivations de l’homme dépendent (selon l’une ou l’autre formule complexe) de son vécu et de ses attentes aurait peut-être laissé trop de place à son libre arbitre. En laisseraient-elles encore autant ?

* Je peux creuser et vérifier

1. MASLOW, A.H., « A Theory of Human Motivation », publié originellement dans Psychological Review, 50, 1943, pp. 370-396. Disponible en ligne dans « Classics in the History of Psychology », an internet resource developed by Christopher D. Green, York University, Toronto, Ontario (ISSN 1492-3713). Posté en 2000 et consulté le 3 septembre 2013.
2. Pyramide des besoins de Maslow, Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins_de_Maslow
3. AllWeWish, Penser à coté de l’individualisme
4. Ibidem note 1. « There are certain conditions which are immediate prerequisites for the basic need satisfactions. Danger to these is reacted to almost as if it were a direct danger to the basic needs themselves. Such conditions as freedom to speak, freedom to do what one wishes so long as no harm is done to others, freedom to express one’s self, freedom to investigate and seek for information, freedom to defend one’s self, justice, fairness, honesty, orderliness in the group are examples of such preconditions for basic need satisfactions. Thwarting in these freedoms will be reacted to with a threat or emergency response. »
5. Ibidem note 1. »So far, we have mentioned the cognitive needs only in passing. Acquiring knowledge and systematizing the universe have been considered as, in part, techniques for the achievement of basic safety in the world, or, for the intelligent man, expressions of self-actualization. Also freedom of inquiry and expression have been discussed as preconditions of satisfactions of the basic needs. True though these formulations may be, they do not constitute definitive answers to the question as to the motivation role of curiosity, learning, philosophizing, experimenting, etc. They are, at best, no more than partial answers. »
6. Ibidem note 1. « There are usually available various cultural paths to the same goal. Therefore conscious, specific, local-cultural desires are not as fundamental in motivation theory as the more basic, unconscious goals. » et « However, it is the common experience of anthropologists that people, even in different societies, are much more alike than we would think from our first contact with them, and that as we know them better we seem to find more and more of this commonness, We then recognize the most startling differences to be superficial rather than basic, e. g., differences in style of hair-dress, clothes, tastes in food, etc. Our classification of basic [p. 390] needs is in part an attempt to account for this unity behind the apparent diversity from culture to culture. »
7. Ibidem note 1. « For instance, if prepotent need A is satisfied only 10 per cent: then need B may not be visible at all. However, as this need A becomes satisfied 25 per cent, need B may emerge 5 per cent, as need A becomes satisfied 75 per cent need B may emerge go per cent, and so on. »
8. Ibidem note 1. « For instance, if I may assign arbitrary figures for the sake of illustration, it is as if the average citizen [p. 389] is satisfied perhaps 85 per cent in his physiological needs, 70 per cent in his safety needs, 50 per cent in his love needs, 40 per cent in his self-esteem needs, and 10 per cent in his self-actualization needs. »
9. PBS. (1998). Abraham Maslow. A Science Odyssey. Found online at http://www.pbs.org/wgbh/aso/databank/entries/bhmasl.html
10. Ibidem note 1. « It is far easier to perceive and to criticize the aspects in motivation theory than to remedy them. Mostly this is because of the very serious lack of sound data in this area. »
11. BRIDWELL, L.G. et WAHBA, M.A. « Maslow reconsidered: A review of research on the need hierarchy theory », Baruch College, The City University of New York USA publié dans Organizational Behavior and Human Performance, Volume 15, Issue 2, April 1976, Pages 212–240 disponible en ligne au format pdf http://larrybridwell.com/Maslo.pdf consulté le 2 octobre 2013
12. Ibidem note 9
13. Ibidem note 1. « (…)It is true that most of the people with whom we have worked have seemed to have these basic needs in about the order that has been indicated. »
14. Being Abraham Maslow, http://www.youtube.com/watch?v=DTFq5QVkKhY
15. KOHN, A. « A Look at Maslow’s “Basic Propositions” » Originally published in Perceiving, Behaving, Becoming: Lessons Learned edited by H. J. Freiberg (Alexandria, VA: ASCD, 1999). Disponible en ligne sur http://www.alfiekohn.org/teaching/maslow.htm consulté le 3 octobre 2013
16. Ibidem note 1. « People who have never experienced chronic hunger are apt to underestimate its effects and to look upon food as a rather unimportant thing. »
17. Ibidem note 1. « The specific form that these needs will take will of course vary greatly from person to person. In one individual it may take the form of the desire to be an ideal mother, in another it may be expressed athletically (…) »
18. Ibidem note 11
19. BENKLER Y. : « The Unselfish Gene », Harvard Business Review, July-August 2011
20. Ibidem note 15. Geertz cité par A.KOHN. « La conception occidentale de la personne en tant qu’univers motivationnel et cognitif borné, unique et plus ou moins intégré, un centre dynamique de la sensibilisaté, de l’émotion, du jugement et de l’action organisé comme un tout et un ensemble distinctifs contrastively contre les deux touts et contre son fond social et naturel, est, aussi incorrigible cela peut nous sembler, une idée assez particulière dans le contexte des cultures du monde. »
21. Ibidem note 14

AllWeWish

Auteur : AllWeWish

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